Réaliser l’égalité entre les sexes : un processus continu et générationnel

| 2026/02/27

Dans le cadre d’un récent programme d’apprentissage, Bahá’í Canada a interrogé trois jeunes hommes au sujet de leur vécu concernant l’application du principe d’égalité entre les sexes.

Au Canada, les jeunes considèrent souvent l’égalité entre les sexes comme un concept noble, mais abstrait qui ne les touche pas directement. Cette croyance a été remise en question lorsqu’un groupe de six jeunes de Sudbury en Ontario, âgés de 21 ou 22 ans, a examiné leur propre réalité sociale. Ce groupe était composé de trois femmes et de trois hommes.

Ces jeunes, qui sont tous animateurs de cercles d’étude et de groupes de préjeunes dans leur localité, s’étaient réunis pour se préparer, à la fois sur le plan spirituel et pratique, à un programme d’étude d’une semaine avec hébergement. Ils réfléchissaient à la manière de créer un milieu propice à la croissance spirituelle et intellectuelle, car 38 adolescents âgés de 15 à 18 ans allaient bientôt se réunir pour suivre des cours de l’Institut Ruhi. Ces programmes d’étude sont des refuges pour les jeunes. C’est souvent là qu’ils affrontent d’abord les forces sociales néfastes qu’ils veulent combattre dans leur communauté.

Avant le début du programme, accompagnés par un membre des corps auxiliaires, les jeunes animateurs ont étudié la lettre du 19 mars 2025 de la Maison universelle de justice au sujet de la vie familiale et du mariage. Parmi les principes bahá’ís pertinents pour la vie familiale, celui de l’égalité entre les femmes et les hommes a particulièrement captivé leur attention.

La lettre énonce que « certains rôles de genre qui caractérisaient un stade précoce du développement humain ont pu, à un autre stade, finir par entraver l’avancement des femmes et le progrès de la société. […] Les communautés bahá’íes du monde entier font donc face au défi d’examiner les pratiques actuelles dans leur société, de les évaluer à la lumière des enseignements, d’éliminer toutes tendances indésirables et d’apprendre à mettre en place de nouveaux modèles de vie familiale adaptés aux besoins d’une ère nouvelle. ».

Les jeunes ont pensé que les idées exprimées dans ce message étaient extrêmement pertinentes, non seulement pour l’atmosphère qu’ils voulaient créer lors du programme, mais aussi pour leur communauté. En effet, les affirmations suivantes les ont particulièrement inspirés : « […] les filles et les garçons sont élevés avec une compréhension nouvelle de l’égalité et de sa manifestation concrète. Les ramifications de ce principe s’étendront donc progressivement aux générations futures […]. » Cette source d’inspiration a aidé les jeunes animateurs et participants, puisqu’ils servent les plus jeunes qu’eux.

Pendant l’analyse de cette lettre, les animatrices ont été encouragées à parler des impacts négatifs des normes sociales actuelles sur leur vie. Cette discussion franche et courageuse a révélé que l’égalité des genres n’est pas encore atteinte, ce qui a une influence très réelle et prépondérante sur la vie des jeunes.

Grâce à cette discussion, les animateurs, en particulier les jeunes hommes, Sini, Eli et Josiah, ont pris conscience de la réalité. Sini a déclaré : « Pour moi, cela a été une véritable révélation, car je savais qu’il existait des inégalités à l’égard des femmes, mais je n’en avais pas vraiment conscience […]. Je pensais que c’était quelque chose qui se passait dans l’actualité et non pas à côté de moi. » Cela a également créé chez eux un sentiment d’urgence concernant cette question.

En éclairant leur expérience personnelle à la lumière de ce principe, les réflexions des jeunes se sont centrées sur les dynamiques sociales qu’ils ont observées. Ils ont abordé la manière dont les hommes peuvent être méprisants envers les femmes, se renforçant mutuellement sans égard pour la réalité. Cela peut inciter les jeunes femmes à minimiser les difficultés qu’elles rencontrent. Les jeunes ont constaté une hypersexualisation des deux sexes, souvent à travers des commentaires non contestés et basés sur le regard masculin pour évaluer la valeur des femmes. Ils ont également noté que, pendant les programmes comme celui-ci, l’autorité des animatrices n’était pas perçue avec autant de respect que celle des animateurs. Ils ont aussi réalisé que les femmes étaient plus enclines à s’engager dans des tâches telles que le nettoyage de la vaisselle. De plus, ils ont pris conscience que l’agressivité ne se limite pas à la violence physique, mais qu’elle peut également s’exprimer par la parole, et que les femmes qui les entourent se sentent moins en sécurité qu’eux.

Selon Eli, ces postulats et ces dynamiques « peuvent créer des cultures opposant les hommes aux femmes, ce qui mène à la désunion. Il est alors difficile de se concerter et d’arriver ensemble à une vérité spirituelle. Il est très difficile d’agir avec justice. Il est difficile pour chaque personne, en particulier les femmes, de s’épanouir lorsque les autres la rabaissent. Il est difficile de se concentrer sur les aspects spirituels de la vie lorsque les autres se concentrent sur vos caractéristiques physiques. Ces tendances peuvent créer des sentiments négatifs chez les femmes comme chez les hommes, tels que la colère et la tristesse. Un environnement spirituel a besoin de joie pour réaliser son potentiel. »

Josiah a raconté comment des années de consultation, d’action et de réflexion entre les animateurs avaient permis au groupe de se préparer à aborder ces questions lors du programme. Ils savaient comment agir « comme les doigts d’une seule main », une citation de Bahá’u’lláh à laquelle il revenait souvent pour décrire comment les jeunes animateurs, hommes et femmes, travaillaient en équipe, avec une « bonne dynamique de confiance ».

Les animateurs ont décidé d’adopter une démarche commune pour aborder ces dynamiques dès leur occurrence, en mettant l’accent sur le côté positif et bienveillant. Eli précise : « Lorsque nous entendons quelque chose, nous allons immédiatement en discuter. Cela demande parfois du courage, mais c’est nécessaire pour la croissance spirituelle de ces jeunes. » Sini affirme : « Personne ne prend de décision seul. Tout le monde se concertait sur place, puis prenait rapidement des décisions sur ce qui pouvait être fait. »

Ils ont fait preuve de maîtrise de soi en évitant de se disputer ou de chercher à avoir raison. Eli développe : « Lorsque nous réfléchissons à la croissance spirituelle d’une population, il est très facile pour tout le monde de convenir que ce problème doit être abordé […]. Le désir de justice et de croissance spirituelle permet de se détacher de ces questions. »

« Les hommes doivent servir de modèles et aider les plus jeunes à prendre conscience de ces questions », ajoute Eli. « Ils peuvent se contenter de se disputer à ce sujet, mais les disputes ne mènent pas à un changement de compréhension. »

Eli a animé un groupe de quatre jeunes pour le cahier Ruhi numéro 2 : « Enseigner la cause », un livre qui aide les participants à aborder des sujets spirituels dans leur vie quotidienne. Dans le cadre de leurs études, ils ont effectué un travail de recherche sur l’égalité entre les sexes dans la société. Ils ont visité les locaux du programme et interrogé des femmes sur ce sujet. « J’ai été très impressionné par ces garçons, explique Eli, car ils l’ont vraiment fait, et ils l’ont fait avec un esprit ouvert […]. Je pense que le fait d’aborder cela avec le désir d’apprendre a été très utile. Ils ont rassemblé leurs conclusions et les ont présentées à la fin de la journée au reste du groupe. »

Sini explique : « Essayer de l’appliquer fait de nous des agents actifs de ce principe. C’est une chose d’observer une situation et de voir un problème, c’en est une autre d’avoir des convictions et d’agir en conséquence. Les jeunes sont capables de percevoir si nous avons des convictions. »

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Category: Community life

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