L’ascension de ’Abdu’l-Bahá

Publié le : 2014/11/27

’Abdu’l-Bahá est décédé très tôt dans la nuit du 28 novembre 1921. Il avait 78 ans.

À ce sujet, Shoghi Effendi a écrit :

« À 1 h 15 du matin, il se leva et, marchant jusqu’à la table de sa chambre, but un peu d’eau et retourna se coucher. Plus tard, il demanda à l’une de ses deux filles, qui veillaient et prenaient soin de lui, de relever la moustiquaire, se plaignant d’avoir des difficultés à respirer. On lui apporta un peu d’eau de rose et, après en avoir bu, il s’étendit de nouveau, et quand on lui offrit à manger, il observa distinctement: « Vous voulez que je prenne de la nourriture alors que je suis en train de m’en aller. » Une minute plus tard, son esprit s’était envolé vers sa demeure éternelle pour participer enfin à la gloire de son père bien-aimé et goûter la joie d’une réunion sans fin avec lui [i]. »

BDD.01

Les obsèques de ’Abdu’l-Bahá, à Haïfa, en Israël.

« Quant aux obsèques mêmes, qui eurent lieu le mardi matin – des obsèques comme la Palestine n’en avait jamais vues -, dix mille personnes au moins y assistèrent, représentant toutes les classes, religions et races dans ce pays. « Une foule immense », rapporta plus tard le haut-commissaire lui-même, « s’était rassemblée, s’affligeant de sa mort, mais aussi se félicitant de sa vie. « Sir Ronald Storrs, gouverneur de Jérusalem à l’époque, décrivant les funérailles, écrivit également: « je n’ai jamais vu une manifestation unanime de respect et de regret comme celle que souleva l’extrême simplicité de la cérémonie [ii]. » »

Dans Dieu passe près de nous, Shoghi Effendi écrit :

« Le cercueil contenant la dépouille mortelle d’Abdu’l-Bahá fut porté jusqu’à sa dernière demeure sur les épaules de ses bien-aimés. […] Le long cortège funèbre s’achemina lentement, au milieu des sanglots et des lamentations de bien des cœurs douloureusement frappés, sur les pentes du mont Carmel, vers le mausolée du Báb.[…] Près de l’entrée orientale du tombeau, le cercueil sacré fut placé sur une simple table et, en présence de cette vaste assemblée, neuf orateurs, y compris le mufti de Haïfa, qui représentaient les croyances musulmane, juive et chrétienne, prononcèrent leurs diverses oraisons funèbres. […] Le cercueil fut alors transporté dans l’une des salles du tombeau et là, on le descendit, avec respect et tristesse, jusqu’à son ultime lieu de repos, dans un caveau contigu à celui où reposent les restes du Báb[iii]. »

Au nombre des personnes qui prirent la parole aux obsèques du Maître, il y eut un orateur musulman bien connu, du nom de Yúsuf al-Khatib. Il dit:

« Ô assemblé d’Arabes et de Persans! Qui pleurons-nous? Est-ce celui qui, hier encore, de son vivant était un grand homme, et qui aujourd’hui dans la mort est encore plus grand? Ne versez pas de larmes pour celui qui est parti vers le monde de l’éternité, mais pleurez la disparition de la vertu et de la sagesse, de la connaissance et de la générosité. Pleurez pour vous, car la perte est vôtre, alors que lui, celui qui vous a quittés, n’est qu’un voyageur vénéré, quittant votre monde mortel pour sa maison éternelle. Pleurez une heure pour celui qui pendant presque quatre-vingts ans a pleuré pour vous! Regardez à votre droite, regardez à votre gauche, regardez vers l’est et regardez vers l’ouest, et voyez, quelle gloire et grandeur ont disparu! Quel pilier de paix s’est écroulé! Quelles éloquentes lèvres se sont tues!Hélas! Dans cette affliction, il n’y a aucun cœur qui ne souffre d’angoisse, aucun œil qui ne soit plein de larmes! Malheur aux pauvres, car voyez! la bonté n’est plus parmi eux! Malheur aux orphelins, car leur père aimant n’est plus avec eux! La vie de sir ’Abdu’l-Bahá ‘Abbas aurait-elle pu être rachetée par le sacrifice de nombreuses âmes précieuses, elles auraient assurément et avec joie, offert leur propre vie contre la sienne. Mais le destin en a voulu autrement. Toute destinée est prédéterminée et personne ne peut changer le décret divin. Qui suis-je pour présenter les exploits de ce guide de l’humanité? Ils sont trop glorieux pour être loués, trop nombreux pour être racontés. Qu’il suffise de dire qu’il a laissé dans tous les cœurs une profonde impression, sur toutes les langues une louange des plus extraordinaires. Et lui qui laisse un si beau, si éternel souvenir il n’est certes pas mort. Sois donc réconforté, ô peuple de Baha! Endure et sois patient! Car nul homme, fût-il de l’Orient ou de l’Occident, ne pourra jamais te consoler, car lui-même a encore plus besoin de consolation[iv]. » [traduction]

Abdulbaha Walking

‘Abdu’l-Bahá, devant sa maison à Haïfa, en Israël.

Aux obsèques, un jeune chrétien, appelé Wadi` Bustání,   offrit le poème suivant:

« Dans les âmes et dans les esprits, tu es éternel. Une personne telle que toi, qui possède toutes les vertus et tous les honneurs est éternelle… Ô ’Abdu’l-Bahá! Ô fils de Bahá’u’lláh! Que ma vie soit offerte en sacrifice pour toi! Tu es le Très-Sage, et tous les autres ne sont que des érudits. Que peuvent dirent les poètes en ton jour? Ô ’Abdu’l-Bahá! Ô fils de Bahá’u’lláh! Tu étais exactement comme Dieu te voulait et non comme les autres te désiraient. Tu as quitté la Terre sainte où le Christ et la vierge Marie ont vécu, le pays qui a reçu Muhammad, dont le sol et la poussière sont bénédictions et richesses… Nous serons soutenus près de ce tombeau et de celui qu’il contient. L’Alliance d’amour et de dévotion durera toujours entre nous [v]. »

 

[i]Shoghi Effendi, Dieu passe près de nous, Bruxelles, MEB, 1976, p. 301.

[ii] Ibid. p. 302.

[iii] Ibid. p. 302-303.

[iv] H.M. Balyuzi, ‘Abdu’l-Bahá, Oxford, George Ronald, 1971, p. 466-467.

[v]Ibid. p. 470.